Les halles centralesLes Halles Centrales au début du XXe siècle

 

 

À l’ouest de la place Louis XVI et de la salle de spectacle, il existait un grand terrain sur lequel la Marine avait autrefois installé une fosse aux mâts, annexe de l’Arsenal, et sur lequel, lorsque les militaires avaient cessé de l’utiliser, avait été bâti un entrepôt et aménagé quelques jardins. « Derrière les magasins du Théâtre se trouvait encore, il y a quelques années, un vaste terrain abandonné, et qui servait de chantiers et de dépôt de matériaux.1 », pouvait-on lire en 1847 dans « Le conducteur de l’étranger au Havre et dans son arrondissement ».

Les possibilités offertes par ce large espace n’avaient pas échappé à l’œil expert de l’ingénieur Lamandé qui l’avait, dans son plan d’agrandissement de la ville, mentionné comme nouvelle place du marché. Pour des raisons liées à la Révolution, aux guerres révolutionnaires et napoléoniennes, mais aussi pour des problèmes financiers, le projet était resté dans les cartons.

Mais il n’en avait pas été pour autant oublié, ni abandonné. Mais les temps avaient changé, le régime et le souverain aussi. Mais, apparemment, pas cette règle qui voulait que l’on sollicitât l’avis, et l’accord sans doute, de Sa Majesté avant de réaliser un ouvrage de cette importance. Lors de sa visite au Havre en 1831, Louis-Philippe, interrogé par la Municipalité, avait donné son aval pour que l’on y implante cette place publique que Lamandé avait inscrit dans son programme presque un demi-siècle plus tôt. Le terrain était sans doute encore, d’une manière ou d’une autre, la propriété de la Marine, car il fallut en passer par la voie officielle pour obtenir la cession du terrain concerné à titre gracieux. « En 1831, lors de la venue de Louis-Philippe au Havre, la Municipalité lui demanda la concession de ce terrain. Cette demande fut agréée et l’année suivante, la chambre des députés adopta un projet de loi ratifiant la demande du Roi.2 », lit-on à ce sujet dans « Le Havre de Grace et ses navires ».

Sitôt dit, sitôt fait. En fait, on s’était même permis d’anticiper un peu. L’urbanisation des quartiers ouest avait été entreprise l’année précédente, en 1830 et on avait mis à profit cette opération pour dégager la place, d’ores et déjà baptisée « Louis-Philippe », pour des raisons que l’on devine aisément. Il faudra cependant attendre 1834 pour qu’y soit inauguré un marché qui se tenait, les premières années, on s’en doute, dans des conditions rudimentaires. En 1839, on équipa la place de quatre hallettes et, pour lui donner une petite touche de fantaisie, on planta autour de l’esplanade une double rangée d’arbres et une fontaine fut élevée en son centre.

L’escale que fit au Havre, le 12 septembre 1833, le navire qui ramenait l’obélisque de Louxor d’Égypte en France, où il fut pris en charge par un remorqueur qui lui fit remonter la Seine jusqu’à Paris, avait donné des idées aux édiles de la ville. Des idées qui ne tardèrent pas à se concrétiser. En 1840, la première fontaine était remplacée par un obélisque, calqué sur celui qui avait transité quelques heures par le port du Havre. Cette colonne de granit était agrémentée d’une fontaine et d’une vasque qui en décorait la base. Voici ce qu’en écrivait Joseph Morlent en 1853 à ce sujet : « la place Louis-Philippe, la plus belle place, sans contredit, après celle de la Comédie. Située à l’extrémité la plus occidentale de la ville, cette place à la forme d’un carré long. Elle est plantée d’arbres sur ses côtés, et son pourtour est occupé par de légères constructions à l’italienne qui servent de halle aux marchands de comestibles. Au centre de la place s’élève une pyramide quadrangulaire de granit de Cherbourg dont la base est noyée dans une vasque de la même matière ; c’est la seule fontaine monumentale que possède le Havre.3 »

Des immeubles et des magasins ont surgis autour de la place qui, en 1848, pour des raisons bien compréhensibles, est rebaptisée « Place de la République ». Avant de reprendre sous le second Empire son nom d’origine. En 1869, on inaugurait une nouvelle halle qui, elle-même, fut remplacée en 1884 par les Halles Centrales, dont les travaux de construction avaient été commencés trois ans plus tôt. Le nouveau bâtiment, constitué de trois grands vaisseaux de briques, couverts d’ardoises, occupent la quasi-totalité de la place. À l’intérieur, se dressent les étals des vendeurs de poissons et de viande à la criée, et d’alimentation en général. Ceux qui vendent d’autres denrées, quant à eux, devront se contenter d’exposer leurs produits à l’extérieur, sur le pourtour du bâtiment. La place, une fois de plus, change d’appellation. Elle devint alors on ne peut plus logiquement la « Place des Halles Centrales ».

Après avoir rythmé durant 60 ans la vie du quartier qui s’était constitué autour d’elles, les Halles allaient être, à l’instar de la plupart des monuments de la ville, victimes des bombardements de la seconde guerre mondiale. Endommagées une première fois par un bombardement en 1943, elles le furent encore dans la nuit du 14 au 25 juin 1944. Pour quelles raisons l’architecte havrais Henri Colboc avait-il suggéré de « transférer les halles centrales dans l’immense palais des expositions4 » ? Était-ce en raison des dommages qu’elles avaient subis ? Mais, finalement, l’idée ne fut pas suivie d’effet. Les Halles furent totalement détruites par les bombardements du 5 septembre suivant. Leur reconstruction sera confiée aux architectes Le Donné, Fabre et Le Soudier, à qui l’on devra également la Halle aux poissons du quartier Saint-François et le bâtiment des Nouvelles-Galeries. Le matériau de la reconstruction du Havre étant, comme chacun sait, le béton, ce sera donc dans une ossature de béton que sera livré le nouveau bâtiment, élevé sur le même emplacement, jadis occupé par les Halles du marché Louis-Philippe. Le bâtiment sera inauguré en mai 1960. Sous son dôme voûté, les boutiques ont été réparties sur le pourtour du bâtiment. Les Halles centrales feront l’objet d’une restauration complète, débutée en 1999, qui fut achevée en 2001.

1) « Le conducteur de l’étranger au Havre et dans son arrondissement », F. Hue, éditeur, 1847.

2) « Le Havre de Grâce et ses navires », catalogue illustré de l’exposition du Port autonome du Havre, 1927.

3) « Nouveau guide du voyageur au Havre et dans les environs », Joseph Morlent, 1853.

4) « Le Havre, un port, des villes neuves », Claire Étienne-Steiner, 2005.