Exceptionnement, je vous propose aujourd’hui une rubrique un peu particulière. J'espère que vous ne me tiendrez pas trop rigueur de m'être éloigné quelque peu de mon propos habituel…

J’estimais avoir lu beaucoup plus que d’habitude au cours de l’année 2019. Faut dire que plusieurs semaines loin du Havre, sans ordinateur et sans connexion internet m’y avaient beaucoup aidé.

Mais c’était sans compter sans le coronavirus et sans le confinement (et le re-confinement) ! Et cette année 2020 m’a sans doute permis d’établir un nouveau record. Ce fut pour moi l’occasion de découvrir bien des auteurs talentueux, souvent d’illustres inconnus, bien des ouvrages de qualité dont je garderai vraisemblablement longtemps l’heureux souvenir, et tout particulièrement lorsque les hasards de ces lectures m’ont fait la surprise, au détour d’une page ou d’un chapitre, de me ramener dans notre bonne vieille ville du Havre.

Il y a eu tout d’abord ces ouvrages qui furent les fruits cueillis lors de mes recherches sur les généreuses branches de l’arbre bnf/gallica, fort riche s’il en est en documents de toutes natures sur Le Havre et son Histoire, et dont certains ont eu les honneurs du site Il était un havre et dont vous pouvez sans problème retrouver les billets qui leur ont été consacrés par votre serviteur.

Je citerai en tout premier Les oubliettes de la tour François 1er de Paul Dumanoir, où l’auteur nous fait découvrir le côté obscur de la grosse tour et le destin d’un descendant d’Aignan Lecomte. Une histoire de cape et d’épée, d’amour et de vengeance dans la plus pure tradition du genre.

L’espionne royale dans lequel Jean Capékerne jette sur le coup de folie du soldat Aignan Lecomte un éclairage tout à fait original qui pourrait, qui sait, répondre à ces interrogations que l’on s’est souvent beaucoup posé sur ses agissements, des questions auxquelles jamais on ne fut en mesure d’apporter véritablement des réponses.

Le cap de la Hève, Eva de Vitanval de Joseph Morlent nous fait revivre le débarquement de l’armée anglaise au Chef de Caux durant la guerre dite de 100 ans. Où la jeune Eva, héritière du fief de Vitanval, organise la défense du château de Vitanval, où se sont réfugiés les villageois de Saint-Denis Chef-de-Caux qui est tombé aux mains des troupes portugaises venues prêter main-forte à leurs alliés britanniques.

Les deux tomes de L’abbaye et le château de Graville ou Jérôme le novice du prieuré du même Joseph Morlent où l’auteur nous plonge, sur le chemin d’errance d’un homme, fuyant la vindicte du représentant du peuple Siblot, qui y croise la route du père Jérôme, mi-ermite, mi-vagabond, dans les mystères qui entourent les souterrains que l’on suppose avoir relié jadis le château et l’abbaye.

Dans Le clocher d’Harfleur, Julie Lavergne remet en lumière un épisode fameux de la guerre dite « de cent ans » et de notre Histoire, qui a traversé les siècles pour parvenir jusqu’à nous, qui vit en 1435 les 104 de Jehan de Grouchy faire le sacrifice de leur vie pour libérer Harfleur du joug anglais.

Le prince Zilah de Jules Claretie. Où Andras Zilah, prince hongrois en exil à Paris, vient se réfugier dans sa villa de Sainte-Adresse pour tenter de jeter un voile d’oubli sur les effluves nostalgiques de sa patrie lointaine et sur ses déboires conjugaux. Mais, un soir, au cours d’un concert donné au casino Frascati auquel il assiste, tous ces douloureux souvenirs ressurgissent des profondeurs où il avait espéré les avoir ensevelis à jamais.

Dans Par monts et par vaux, Claude Mucih nous entraîne dans une escapade à la découverte du littoral du pays de Caux, une promenade bucolique, souvent poétique, parfois philosophique, le long du chemin qui serpente, au sommet de la falaise, du cap de la Hève à Étretat. Un carnet de voyage dont on peut regretter en certains passages le côté un peu (trop) moralisateur et une inclinaison religieuse pour le moins affirmée.

Le Midi à quatorze heures d’Alphonse Karr fut une bien grande déception. L’intrigue de cet opus qui voit un homme traverser tous les jours l’estuaire de la Seine par le passager d’Honfleur au Havre pour vivre un amour tout illusoire avec une femme qu’il ne parvint à voir que de loin ne présentant pas à vrai dire, à mes yeux bien entendu, un bien grand intérêt. Mais d’autres que moi le trouveront peut-être à leur goût.

J’ajouterai à cette liste Le Barbier d’Ingouville ou le retour du barbier de Séville de Louis-Augustin Pinel, emprunté à la Bibliothèque Armand Salacrou. Le parallèle, bien sûr, avec le Barbier de Séville y est constant. Comme une référence, le cousinage est posé d’emblée, énoncé dès le premier acte, dès la première scène, lorsque Quinquina se félicite d’entrée d’être allé assister la veille à la représentation de la pièce de Beaumarchais. Sans doute fut-ce réellement le cas pour Pinel lui-même puisque tout semble indiquer qu’il était allé très vraisemblablement assisté, sinon la veille, du moins peu de temps avant d’entreprendre l’écriture de son Barbier d’Ingouville, à une représentation de la pièce de Beaumarchais dans un des théâtres de la ville, probablement celui de la rue de la Halle.

La surprise en ce qui concerne les titres ci-dessus ne fut pas dû au fait qu’ils aient trait au Havre ou à sa région, bien entendu, mais de les avoir découvert au hasard de recherches dont le but était tout autre.

Et puis, il y a ces rencontres avec Le Havre et ses environs que je dois totalement au hasard de la lecture. Comme dans La falaise d’Houlgate de Jules Noriac où la crique de Grâce se dévoile de façon lointaine et éphémère.

Dans Le courrier de Lyon de Pierre Zaccone, l’un des auteurs de l’attentat commis contre la célèbre malle-poste, fuyant la police et la justice qui se sont lancés à ses trousses, se réfugie au Havre avec sa complice.

Dans L’omnibus du Diable de Fortuné du Boisgobey, c’est un homme d’affaires véreux et ruiné qui gagne Le Havre où, au moment où il va s’embarquer à bord d’un transatlantique en partance pour l’Amérique, il est rattrapé par l’une de ses victimes et par le destin.

Enfin, c’est un peu un cas à part que ce Le Havre de Grâce, la ville engloutie de E. Y. Mestre de Heu, débusqué et acheté sur un célèbre site de vente en ligne. L’auteur s’y livre à un réquisitoire contre ces responsables municipaux qui n’ont rien fait pour empêcher la destruction de ces monuments témoins de l’Histoire de la ville, voire de l’avoir favoriser, tels la tour François 1er, la porte Richelieu, les fortifications et l’hôtel de Beauvoir. C’est là un ressentiment que je dois bien avouer partager avec l’auteur de cet ouvrage. Un de mes amis (Il se reconnaîtra s’il lit ce billet, et je sais qu’il le lira) me disait encore récemment que, « de toutes manières, les bombardements de la seconde guerre mondiale les auraient détruits ». Peut-être. Peut-être… Peut-être pas ! Va savoir, l’ami… Même blessés, même mutilés, même gravement endommagés, l’église Notre-Dame, le Muséum, la maison de l’Armateur, pour ne citer qu’eux, ont survécu au cataclysme…

Mes lectures de 2021 me réserveront-elles, elles aussi, leur lot de surprises aussi surprenantes qu’agréables ? Qui pourrait le dire ? J’en ai déjà une petite idée. Nous en reparlerons le moment venu…