Plan_XVIe_si_cleLe Havre au XVIe siècle (Collection G.H.)

 

Le protestantisme est-il arrivé au Havre par l'intermédiaire de ces Huguenots que le roi Henri II avait autorisé à émigrer en 1554 vers des terres lointaines pour pouvoir se consacrer librement à leur culte, et qui vinrent s'embarquer dans le nouveau havre, comme le suggère Théodore Garsault dans son « Histoire populaire de la ville du Havre » ? Ou, tout au contraire, ces idées nouvelles débarquèrent-elles au Havre de ces navires en escale venus d'Allemagne, de Hollande et d'Angleterre, comme le prétendent C. de Beaucamp et N. Le Grix dans leur « Petite Histoire illustrée du Havre » ? La seule chose dont on puisse être sûrs, c'est que, le 14 août 1555, lorsque la flotte de Nicolas Durand de Villegagnon quitte la cité océane pour aller créer une colonie protestante au Brésil et fonder Fort Coligny, il y avait déjà quelque 50 000 calvinistes en Normandie. De là à considérer que, d'une manière ou d'une autre, la religion réformée avait déjà fait des adeptes dans la région de l'estuaire, il n'y a qu'un pas que chacun de nous franchira, ou pas, selon son choix...

Ce que l'on sait avec certitude, par contre, c'est que l'année 1559 fut marquée par des heurts entre Catholiques et Protestants. Les raisons de ces troubles trouvaient sans doute leur origine dans la tenue de prêches en ville, prêches qui contrevenaient à un accord jadis scellé entre les deux camps, comme semble l'indiquer Augustin Labutte dans son « Essai Historique sur la ville du Havre » : « Sous le règne de François II, en profitant desdifficultés de gouvernement qu’elle(l'église réformée) avait suscitéesà la cauteleuse Catherine de Médicis, elle étaitenfin parvenue à arracher de cette fourbe italiennele droit de prêcher l’évangile réformé partout,excepté dans les villes. » (1). Nous laisserons bien évidemment au sieur Labutte l'entière responsabilité des qualificatifs dont il affuble la reine Catherine de Médicis, épouse du roi Henri II et mère de trois rois de France.

Coligny

En 1560, Gaspard de Coligny, gouverneur de Picardie, qui avait été nommé amiral de France en 1554, est nommé gouverneur du Havre. C'était un Huguenot modéré qui militait auprès de Catherine de Médicis pour une politique de conciliation à l'égard des réformés. Mais le massacre de Vassy, perpétré par les partisans du duc François de Guise le 1er mars 1562, va rompre brutalement un équilibre qui était de plus en plus précaire. La guerre est déclarée entre le parti protestant et le parti catholique, et Coligny s'engage alors aux côtés du prince Louis de Condé.

En mai 1562, Jean Maligny de Ferrières, vidame de Chartres et sieur de Graville, succède à Gaspard de Coligny au poste de gouverneur de la ville. C'est lui aussi un huguenot convaincu et actif qui apporte tout son soutien aux Protestants de la ville, et ce n'est sans doute pas un hasard si, le 8 mai 1562, la milice bourgeoise, gagnée au protestantisme, s'empare de la ville. Reste à savoir si les idées de la religion réformée s'étaient imposées de façon « naturelle » aux membres de cette milice ou si ceux-ci avaient été enrôlés parce qu'ils étaient acquis à cette religion. Toujours est-il que, si l'on en croit l'abbé Pleuvri, les Huguenots du Havre dévastèrent alors les églises du Havre et des alentours.

Charles_IX

Alors que le jeune âge du roi Charles IX semble de nature à le dédouaner de toute responsabilité dans les négociations qui s'engagent avec l'Angleterre d'Elisabeth 1ère, et qui aboutiront au traité d'Hampton Court, lequel ouvrira toutes grandes aux troupes britanniques la porte océane, le rôle joué par Catherine de Médicis, dont il faut saluer les multiples tentatives de réconciliation des deux camps, paraît, lui, beaucoup plus ambigu. Se peut-il que le port normand ait servi, dans des tractations menées du côté français par Jean de Ferrières, vidame de Chartres, et Robert de la Haye, maître des requêtes, de monnaie d'échange dans un jeu de dupes dont l'enjeu était la possession du port de Calais ? À moins qu'il ne s'agisse finalement et tout bêtement que d'une histoire purement matérielle comme le précisait Victor Carrière dans une mise au point en 1933 : « Au lendemain de la défaite de Dreux,où Condé fut fait prisonnier, Coligny, résolu à continuer la guerre et horsd'état de pourvoir à la solde de ses reîtres qui menaçaient de se mutiner, serésigna à ratifier le traité de Hampton Court, sur la promesse qui lui fitMiddlemore, agent d'Elisabeth, qu'il recevrait en échange de sa souveraineun secours d'argent et de munitions » (2).

Les termes même de ce traité semblent pour le moins prêter le flanc à la controverse : « Le traité négocié avec Elisabeth fut conclu le20 septembre 1562. La Reine s'engageait à envoyeren France 6,000 hommes, dont 3,000 prendraientgarnison dans le Havre, pour le garder au nomdu Roi de France, et en faire un asile pour ceuxde ses sujets bannis pour cause de religion » (3). L'Histoire, toutefois, ne retiendra de cet épisode que, répondant à la demande d'aide des Protestants, les Anglais envoyèrent des troupes soutenir les Protestants en Normandie qui leur livrèrent, en échange, Le Havre.

(A suivre...)

1) « Essai Historique sur la ville du Havre », Augustin Labutte, 1841.

2) « Les Protestants français et l'Angleterre en 1562 », Victor Carrière, Bulletin de l'Institut Catholique de Paris, 1933.

3) « Pièces Historiques relatives au siège du Havre », Victor Toussaint, 1862.