Facteur_Postes_1760Distribution du courrier au XVIIIe siècle (Collection G.H.)

 

 

En 1758, Louis XV autorisait l'installation d'une « poste particulière dans l’intérieur de notre bonne ville de Paris ». À leur tour, emboîtant le pas aux Parisiens, les villes de Bordeaux (1766), de Nantes (1777), de Rouen (1778), de Nancy (1778), de Lyon (1779), de Strasbourg (1780), de Marseille (1781), et de Lille (1784) ouvraient leur « petite poste ». Le Havre avait-il devancé ces différentes grandes villes, elle qui n'était encore à l'époque considérée que comme un simple avant-port de Rouen ? C'était à priori le cas puisque, selon le rédacteur de La Poste au Havre des origines à nos jours, « Il semble que, pour notre région, c'est vers 1720 seulement que le bureau de poste dut commencer à fonctionner »(1). On trouve à ce sujet un autre indice sur le site de Gilles Pichavant « Le fil Rouge » : « Le document le plus ancien connu montre que la « poste aux lettres » existait au Havre en 1725, mais peut-être est-elle antérieure »(2). Le bureau était très vraisemblablement situé rue du Grand-Croissant, dans le quartier Saint-François. C'était là une chose on ne peut plus logique et naturelle, puisque c'est dans ce quartier que se tenaient l'essentiel des maisons et bureaux des négociants et des armateurs.

Il ne partait alors de la rue du Grand-Croissant qu'une seule voiture par semaine pour Rouen, un coche dont le Directeur n'était autre que le père de Bernardin de Saint-Pierre. Dans une lettre adressée au duc de Choiseul en mars 1762, le Maître de Poste du Havre, un certain Nozal, se plaignait de l'état déplorable des routes qui nécessitaient l'emploi de plus de chevaux qu'il n'en était nécessaire. Le plaignant fut-il entendu par le chef du gouvernement de Louis XV ? Ou une simple coïncidence ? Toujours est-il qu'une nouvelle route, mise en chantier en 1760, fut mis en service en 1768. Conséquence, là aussi des améliorations dus à cette nouvelle voie ? En 1780, la diligence partait quotidiennement, sauf le samedi. C'était l'époque où les facteurs chargés de la distribution à domicile, qui avait débuté en 1760, d’abord à Paris, utilisaient un claquoir ou une crécelle pour prévenir les habitants de leur passage. Cependant, la distribution du courrier à domicile demeurait le privilège des citadins et ne concernait pas encore l'immense majorité des citoyens habitant à la campagne.

En 1785, usant du prétexte de combattre le désordre et l'anarchie qui régnaient dans les différents services de l’État, un arrêt du Conseil du Roi sépare l'administration de la Poste aux lettres de celle de la Poste aux chevaux. Au Havre, la Poste aux chevaux est transférée Grande Rue Saint-Michel (de Paris). Il s'agit selon toute vraisemblance des Messageries Royales dont les bureaux étaient situés en face de l'église Notre-Dame.

 

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Mais, patatras, la fièvre révolutionnaire de 1789 allait, une fois encore, tout remettre en question. Première conséquence : les maîtres de poste perdent leur privilège. La veuve Coudry, qui était alors directrice du bureau de Postes havrais, est congédiée et remplacée par un officier municipal entièrement dévoué à la cause révolutionnaire. Le ci-devant citoyen Segler a été « élu au suffrage universel », comme les directeurs des quelque 1 300 bureaux de poste qui existaient à cette époque sur l'ensemble du territoire. Autre désagrément : Le tri et la distribution sont « un peu, beaucoup » désorganisés en raison du changement de nom de beaucoup de villes. On peut toutefois estimer qu'au Havre, devenu Le Havre-Marat, on a limité les dégâts. À ces difficultés, s'ajoute le découpage du territoire français en 83 départements. La Seine-Inférieure, future Seine-Maritime, hérite du numéro 74. Autre nouveauté, le nouveau pouvoir en place exige des facteurs qu'ils prêtent serment pour garantir à tous les usagers le respect du secret de la correspondance. Enfin, la Révolution effectue ce qui semble bien être, une fois n'est pas coutume, un retour en arrière, concentrant à nouveau la Poste aux lettres et la Poste aux chevaux en une seule administration. Le Havre se développe, les besoins s’accroissent, la Poste fait face, s’adapte sans cesse, mais instituant en octobre 1795 (An III) la liberté des communications.

Cette « ouverture à la concurrence » est immédiatement suivie d'effets. Au Havre notamment où diverses entreprises, saisissant au bond l'opportunité qui leur était offerte, sont créées. Rue Saint-Michel (de Paris), une diligence s'élance tous les deux jours, emportant le courrier jusqu'à Rouen. Des voitures hippomobiles à marche rapide, les « vélocifères » partent de l'hôtel des Armes, les gondoles Parisiennes de l'hôtel de Hollande, les Berlines du Commerce du Grand quai…

À la fin du XVIIIe siècle, deux arrêts du Conseil du Roi, en juin et juillet 1783 ordonnaient la mise en service d'une ligne de paquebots permettant d'assurer une liaison régulière entre la France et l'Amérique du Nord. La position stratégique (par rapport à Paris) du port du Havre lui vaut le privilège d'être désigné port d'attache de cette ligne qui s'ouvre avec nos cousins d'Amérique. Ce nouveau débouché pour la marine havraise se traduit par l'ouverture en 1784 d'un bureau de Poste Maritime qui prend ses quartiers dans Saint-François, au 12, rue Percanville. À propos de ce bureau de Poste, une anecdote nous est révélée par le rédacteur de « La poste au Havre des origines à nos jours » : « C'était à cet endroit que, le 9 décembre 1792, on avait saisi des lettres expédiées d'Angleterre à S.M. Louis XVI, Roi des Français, au château des Tuileries à Paris, et contenant des attaques contre des fonctionnaires de l'ancien régime. Les lettres furent envoyées à la Convention » (3).

 

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Ce bureau de Poste maritime ne prit sa véritable importance qu'au début du XIXe siècle, en fait lorsque furent achevées les guerres de l'Empire. Nos trois-mâts et nos bricks commerciaux réinvestissent les océans qu'ils avaient délaissé le temps des conflits. L'activité marchande et les échanges internationaux se développent comme jamais par le passé. En 1830, on ne dénombre pas moins de 1236 bâtiments à voiles sillonnant les mers du globe, dont un bon tiers rien que pour les Amériques. Nous voyons alors la correspondance transitant par ce bureau prendre de plus en plus de volume, et on ne s'étonnera pas que le bureau de la rue Percanville être transféré à la tour François 1er, se rapprochant, pour plus de commodité, à proximité de la Bourse qui se situait à cette époque-là sur la place d'Armes, non loin de la porte du Perrey et du Logis du Roi. On pouvait déposer le courrier partant outre-mer à partir de l'heure où commençait la marée montante et un tableau placé à l'entrée indiquait aux usagers les noms et la destination des navires qui devaient sortir du port lorsque la mer serait pleine.

On le sait, en 1861, la « grosse » tour fut livrée aux démolisseurs. Le bureau de la Poste Maritime fut transféré une dernière fois dans l'ancien Hôtel de ville, rue de la Corderie (Hôtel de Beauvoir) avant de disparaître définitivement en 1864, laissant la place au bureau du Port, rue de Paris (Le Bout-Rond à l'angle des rues de Paris et d'Estimauville ?).

 

(A suivre...)

 

Sources principales : « La poste au Havre des origines à nos jours », Raymond Rousselin, Société Philatélique havraise, 1948; « Hier, Le Havre, tome II », Jean Legoy, 1997.

 

 

1) « La poste au Havre des origines à nos jours », Raymond Rousselin, Société Philatélique havraise, 1948.

2) « La Poste et Le Havre : Esquisse d'une Histoire de la Poste et des Postiers au Havre », Le Fil Rouge, http://gilles.pichavant.pagesperso-orange.fr.

3) « La poste au Havre des origines à nos jours », Raymond Rousselin, Société Philatélique havraise, 1948.