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L’illustration ci-dessus est la reproduction d’une gravure (acquise très récemment sur un vide-grenier) que l’on doit au peintre, aquarelliste et lithographe britannique John Gendall (1789-1865) et au graveur Thomas Sutherland, lui aussi de nationalité anglaise (1785-1838). Elle a été réalisée vers 1820 (1821 selon le site www.art.com). On peut y voir sur la gauche la « grosse » tour François 1er. Juste derrière celle-ci, on entrevoit le pont de la porte du Perrey et l’hôtel de Beauvoir. Au centre, le logis du Roy, et sur la droite de ce dernier, l’amorce des rues d’Estimauville et de Paris. On remarquera à la jonction de ces deux rues, la bâtisse appelée à devenir plus tard le « Bout-Rond », et juste sur la droite de cette bâtisse, la fontaine qui se dressait au centre de la place. Enfin, tout à droite, le clocher de l’église Notre-Dame surgit au-dessus des immeubles de la rue de Paris.

Cette place fut constituée dès les premiers instants du Havre à l’extrémité sud de la nouvelle ville, à la convergence des rues Saint-Michel (de Paris), de Sainte-Adresse (d’Estimauville) et des murailles (des Remparts, puis de la Corderie), bornée à l’ouest par la grosse tour François 1er, à l’est par la rue des Quais (le Grand quai).

Comme son nom l’indique, c’est sur cette place qu’avaient lieu les manœuvres des troupes en garnison. Les Havrais s’y réunissaient aussi dans les grandes occasions, célébration d’une fête ou d’une autre, célébration d’un traité de paix ou d’une victoire, visite d’un personnage important, qu’il fut Roi, Reine, prince, ou dignitaire influent. Beaucoup moins réjouissant, on y procédait également à l’exécution de quelque criminel ou traître. Et quand François 1er accorda à la ville l’autorisation de tenir marché deux fois par semaine, c’est vraisemblablement sur cette place que se tinrent les premiers d’entre eux.

En 1520, le vice-amiral du Chillou, bâtisseur du port et de la ville, titulaire de la gouvernance de cette dernière, s’était fait construire un « ostel » sur la place d’armes, à l’extrémité sud-ouest de la rue saint-Michel. C’était une bâtisse en pierres de taille, bois, briques et ardoises, flanqué de chaque côté d’une petite tour en avancée, vraisemblablement l’une des toutes premières constructions de la cité océane. C’est cet édifice qui deviendra en 1551, fort de l’autorisation obtenue par les échevins auprès du Roi Henri II, le premier Hôtel-de-ville « officiel » du Havre. Et puisque des têtes couronnées y avaient séjourné, on lui donna tout naturellement le nom de « Logis du Roi ».

L’un des problèmes cruciaux qu’avait eu à résoudre le vice-amiral du Chillou lors de la création de la ville avait été, dans cet environnement de marécages et de criques livré aux caprices de la mer, celui de l’approvisionnement en eau douce. Dès les premières heures de la ville, cette eau avait été acheminée grâce un réseau de canalisations depuis la source de Vitanval, située sur le territoire de Sainte-Adresse, jusqu’à la place d’Armes où avait été élevée une fontaine publique que le procès-verbal de réception décrit comme « en pierre de Vernon, taillée à l’antique, d’une demi-lance de haut, avec une statue de Saint-François portant les armes de France et d’autres statues de pierre ».

Afin de donner au Lieutenant du Roi, cet officier investi de l’autorité royale, une résidence digne de son rang, les échevins avaient fait édifier en 1753, en lieu et place de l’ancienne Maison de ville, un imposant édifice qui prit le nom d’’hôtel de Beauvoir, qu’il devait aux deux comtes de Virieu-Beauvoir, tous deux lieutenants du Roi qui se succédèrent à ce poste au Havre de 1725 à 1782. Cette superbe bâtisse carrée, haute de deux étages, était adossée au rempart et sa façade ouest regardait le Perrey et la mer. C’était un temps où les gouverneurs de la cité ne faisaient que de rares et brèves visites à la ville dont ils avaient la charge, charge pour laquelle ils percevaient pourtant de substantiels revenus, et l’homme fort de la cité océane, celui qui était chargé de représenter le Roi et qui avait sur la cité, sur ses habitants et sur sa garnison, tous les pouvoirs, était le lieutenant du Roi. En 1792, les services de l’Hôtel de ville furent transférés à l’hôtel de Beauvoir.

Au milieu du XVIIIe siècle, las de se réunir, en plein air, sur la place d’Armes, à l’ombre de la tour François 1er et de l’hôtel du lieutenant du Roi, les négociants revendiquèrent, avec de plus en plus d’insistance, pour se réunir, un local digne de ce nom et, en 1773, ils obtenaient la libre jouissance de ce coin de la place d’armes sur lequel ils avaient coutume de se retrouver. L’architecte Louis Boucard établit le plan et le devis pour la construction d’un bâtiment destiné à occuper cet emplacement. Les dons volontaires des négociants permettront la construction de la première Bourse havraise. Une bien modeste bâtisse si on la compare à ce qui s’est fait depuis.

Lieu de rencontre et de promenade où, comme l’a écrit Alphonse Martin, « aimaient à se retrouver les Havrais, jeunes et vieux. Dans les belles nuits d’été, la place de la Bourse retentissait de refrains d’amour ; elle était couverte de marins et de jeunes filles qui formaient des rondes, en répétant les vieilles chansons de leurs aïeux », la place d’Armes, renommée successivement place François 1er, puis place des Pilotes, disparut en quasi totalité à la fin du XIXe siècle lorsque fut ouvert le boulevard François 1er et que l’on créa la chaussée des États-Unis.