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Au début du XVIe siècle, les bateaux de pêche qui trouvaient refuge dans cette branche de la crique qui donnera naissance à l’avant-port du Havre y accédaient par un chenal situé à l’est, non loin de la fosse de Leure. La mission confiée à l’amiral du Chillou consistait donc à fermer la passe d’origine et à ouvrir un passage dans le perrey qui fermait la crique à l’ouest, créant ainsi un accès direct à la mer, suffisamment large pour permettre le passage des plus grands navires de l’époque.

Les travaux furent entrepris dès le mois d’avril 1517. Ce ne fut pas chose aisée, car les éboulements fréquents dus à l’inconsistance des sols, accentués sans cesse par le travail de sape des marées, étaient un frein permanent à l’avancement des travaux. Néanmoins, même si la nature du terrain et les intempéries ont terriblement contrarié le bon déroulement du chantier, celui-ci était suffisamment avancé pour qu’en 1520 il fût possible d’y faire entrer la grande nef royale « L’Hermine ».

La passe était pourtant relativement réduite. Tout juste 32 mètres de large, flanquée des deux jetées fraîchement maçonnées par les compagnons de Michel Feré. L’Histoire de la « Grande Françoise » illustre à la perfection tout à la fois l’étroitesse de la passe et le déficit de tirant d’eau de l’avant-port au XVIe siècle. Dans le même temps qu’il ordonnait le début du chantier qui ferait naître le port du Havre, François 1er, déterminé à disputer au royaume d’Angleterre la suprématie maritime, avait décidé d’y faire construire la plus grande nef qui ait jamais navigué. Un géant des mers, en quelque sorte. Du moins pour l’époque, il va sans dire. Qui ne put, hélas, du fait de sa taille et de son tirant d'eau,  jamais franchir l'entrée du port.

Donc, au commencement, le havre de Grâce, voulu par François 1er, se limitait en tout et pour tout aux seuls avant-port et bassin du Roi qui avaient tous deux épousé les contours de la crique de Grâce. Cet espace naturel, par trop restreint, devait très rapidement atteindre ses limites. L’agrandir et le moderniser allaient très vite devenir une impérieuse nécessité qui ferait appel à l’audace et à l’ingéniosité de quelques hommes avisés, même si l’on peut regretter que certaines de leurs décisions aient porté atteinte à des éléments essentiels du patrimoine historique et culturelle de la cité océane. Cela allait se faire progressivement, par paliers successifs, par a coups même, s’échelonnant sur de longues années, au fur et à mesure que de nouveaux besoins, que de nouvelles exigences, se faisaient jour.