L'Arsenal 3

Le bâtiment qui est représenté ici, et que les Havrais appelèrent encore longtemps après sa démolition « L’Arsenal », est le magasin général de cet Arsenal décidé et créé par Louis XIV et Colbert, dont les installations s’étendaient autour du bassin du Roi jusqu’à son démantèlement en 1825.

La décision de doter Le Havre d’un Arsenal avait été prise en 1663. Les études du projet sont aussitôt lancées et, en 1669, Colbert fait (re) creuser et nettoyer le bassin du Roi, laissé à l’abandon des années. Autour du bassin, les habitants sont expropriés et on installe un chantier naval composé d’une pigoulière, ancêtre de nos docks flottants, d’une forme de radoub, d’un atelier de construction, d’une grande forge.

Le 30 mai 1669, l’administration de la Marine rachète le bâtiment de l’Hôtel-Dieu situé à l’angle de la rue des Remparts et du quai Videcoq. On procède sur cet emplacement à la construction du magasin général de l’Arsenal, dont le rez-de-chaussée abritera des magasins à fers et à voiles, des ateliers, une belle et grande salle d’armes qui comptera jusqu’à 6.000 fusils, une salle d’hydrographie et une chapelle. À l’étage, quatre greniers sont destinés au stockage des voiles, des chanvres et de diverses marchandises. L’Arsenal disposait également d’une corderie, d’un parc à bois et d’un magasin d’armement. Autour de cet édifice, une galerie faisait le tour du bâtiment, surplombant une vaste cour. Cette galerie permettait l’accès aux logements des officiers, des commissaires, du contrôleur et du garde-magasin.

De 1776 à 1780, le magasin général fut, pour une large part, reconstruit par l’architecte Paul-Michel Thibaut. Sa façade sera alors refaite de pierres de taille calcaire. Le bâtiment, dont la façade était agrémentée d’une horloge et était surmonté d’un péristyle dont la cloche rythma très longtemps la vie des ouvriers du port.

Le 15 juillet 1789, les émeutiers havrais, ayant échoué à s’emparer de la Citadelle, le prendront d’assaut, s’en empareront et s’y fourniront en armes et en munitions avant de se retrancher dans la tour François 1er.

En 1824, Le Havre perdit son statut de port militaire et, en 1825, les biens de la Marine sont mis en vente. Seuls sont conservés les cales de construction du bassin, le magasin général et l’Hôtel de la Marine. Les cales disparaîtront en 1836.

Le magasin général, seul vestige à avoir subsisté après le démantèlement de l’Arsenal, sera détruit lors des bombardements de septembre 1944. Cher au cœur de bien des Havrais, qui l’appelèrent « L’Arsenal » jusqu’à sa destruction, ce bâtiment était l’ultime témoin du passé militaire de la ville. De ses décombres, seules les monumentales portes sculptées ont pu être sauvées lors de sa démolition.